Un café avec Véronique Favre, qui expérimente l’iPad en Petite Section

J’ai croisé Véronique un joli matin de mai. Une rencontre organisée sur Twitter en trois clics, avec gentillesse, simplicité, bonheur tranquille. Un café parisien, le matin, et une discussion qui s’engage, tambour battant.

 

Professeur des écoles

Véronique - profil Twitter

Véronique - profil Twitter

Véronique est « professeur des écoles ». Elle me le précise quand je parle des « instits ». Elle préfère. Elle fait partie de ces profs passionnés et passionnants qui vous donneraient envie de troquer directement votre métier d’éditeur contre une salle de classe remplie de rires d’enfants…

Quand l’inspectrice de la circonscription de la Goutte d’Or a proposé à la cantonade, l’an dernier : « Qui veut un iPad et pour quoi faire ? », Véronique n’a pas hésité une seule seconde. Elle a sauté sur l’occasion, sans trop savoir d’ailleurs « à quoi » précisément, la tablette allait bien pouvoir lui servir. « Les usages, ça se construit en expérimentant, en réfléchissant, en remettant mille fois l’ouvrage sur le métier », me souffle-t-elle en souriant.

Pétillante et infatigable, Véronique a patiemment construit, en un peu plus d’un an, une véritable pratique de l’iPad en Petite Section de maternelle. Elle a testé environ 500 applications, en a retenu moins de 300, et les a organisées par grands domaines d’activités.

 

Un iPad comme outil de classe

Dans sa classe l’iPad n’est plus une curiosité. Il est devenu l’un des outils de la classe, comme les livres et les pinceaux. Bien sûr, son attrait reste fort, mais les enfants ont petit à petit appris à gérer leur frustration et ont intégré les règles fondamentales.

Véronique a ainsi mis en place une petite fiche de suivi, qui permet aux enfants de comprendre qu’ils doivent « attendre encore » leur tour. Et surtout elle les fait travailler à deux, en binôme, un qui manipule et l’autre qui n’a pas le droit de toucher mais qui peut intervenir par la parole, de manière à les inciter, petit à petit, à négocier leurs réponses, à s’entraider, à utiliser des mots pour poser des hypothèses, conseiller, confirmer, etc.

Travailler ensemble

Travailler ensemble - On voit bien sur cette photo (tirée d'une présentation de Véronique) le dispositif qu'elle met en place : la fiche de suivi, consultée par l'un des élèves, et le binôme en plein travail.

 

« Retenir »

Pour Véronique, l’un des avantages essentiels de l’iPad, c’est qu’il « retient » ses élèves. Tous ses élèves, même celui qui a du mal, encore, à s’exprimer oralement, même celle dont le handicap rend les activités papier / crayon / ciseaux très difficiles.

Et cet avantage, qu’elle avait déjà constaté avec l’ordinateur de fond de classe, s’installe plus tôt  (en âge) et plus vite (en délai) qu’avec l’ordinateur classique, dont la souris décentrée de l’écran demande un apprentissage plus long et plus difficile.

Pas seulement parce que « ça bouge » ou « ça parle »

La tablette retient ses petits élèves, mais ce n’est pas seulement parce que l’écran brille, ce n’est pas seulement parce que « ça bouge » ou que « ça parle ». C’est, me dit-elle parce qu’il sont tenus actifs, acteurs. Parce qu’ils ont le choix.

Des enfants actifs

Des enfants actifs - La tablette n'est pas un outil qu'on utilise (forcément) de manière solitaire. Elle rend l'enfant acteur de son apprentissage, en collaboration avec ses pairs.

 

Choisir et innover… pour qu’ils aient le choix

Elle m’amuse Véronique !

Ils sont actifs et acteurs, ses enfants, parce qu’elle ne les colle pas devant l’application Dora… Ils sont acteurs parce qu’elle a méticuleusement choisi les 300 applications qui font vivre son iPad de classe. Parce qu’elle élimine sans pitié toutes celles qui ne correspondent pas à ses objectifs pédagogiques. Parce que, tous les soirs, elle parcourt les promos et les applications gratuites à la recherche de sa nouvelle pépite. Parce que son dispositif de classe (fiche de suivi, travail en binôme) est pédagogiquement pensé pour favoriser les échanges, les apprentissages réfléchis et la métacognition !

Ils sont actifs et acteurs parce que son usage de l’iPad est innovant (je reprécise pour ceux qui ne sont pas attentifs. Ce n’est pas (seulement) l’iPad qui est innovant, c’est le dispositif de classe autour de l’iPad qui l’est).

Et s’ils ont le choix, c’est bien parce qu’elle le leur laisse !

 

Prendre soin

Véronique prend soin de chacune de ses situations de classe. Elle pense ses séquences, choisit ses outils, dont l’iPad fait partie. Et ça marche ! Les enfants adhèrent et progressent. Mais ce qu’elle n’avait pas anticipé, Véronique, c’est que ses petits élèves seraient aussi capables de prendre soin d’eux-mêmes, une fois l’iPad rempli d’applications choisies pour eux, dans les moments de liberté qu’elle leur laisse.

Je les trouve formidable, mes petits, parce qu’ils vont spontanément vers ce dont ils ont le plus besoin !

Comment elle le sait ? Mais parce que Véronique ne se contente pas d’installer des applications sur l’iPad de sa classe. Elle analyse aussi systématiquement, aussi souvent que possible, l’historique de ses jeunes élèves. Et elle constate que naturellement, chacun vient chercher l’application qui lui permet de progresser. Tel enfant, encore mal à l’aise avec la langue française, va passer du temps à se faire lire des histoires, tandis que tel autre, déjà au stade de l’apprentissage des lettres, ira spontanément vers les applications qui permettent d’apprendre à les reconnaître et à les manipuler.

Corrolaire, m’explique Véronique : la tablette donc est un instrument de différenciation extrêmement efficace.

 

La tablette est une ruse

Véronique aux milles ruses est l’Ulysse de l’enseignement au XXIe siècle. Elle détourne l’intérêt sans faille que portent les enfants au petit écran tactile pour les entraîner dans les apprentissages. L’iPad devient le médiateur de compétences qui se construisent lentement, parfois difficilement, mais sûrement.

Le numérique a trouvé sa place au cœur se son dispositif de classe, pas seulement parce que c’est « nouveau » ou « fun », mais surtout parce que Véronique, confrontée à des enfants en difficulté et à une école sans grands moyens, a aussi trouvé là des solutions à ses problèmes. Paradoxalement, un iPad prêté, qui permet de photographier et de filmer les enfants pendant leurs activités, puis d’utiliser cette production pour travailler le langage (évocation, narration, explication) ou pour transmettre des traces de l’activité de classe aux parents, c’est un dispositif plus rapide et moins coûteux qu’un autre, quasi identique, réalisé avec des photocopies couleur.

Et comme le panel de difficultés dans sa classe est extrêmement large, et que Véronique n’a que deux bras, elle savoure aussi l’autonomie relative qu’expérimentent ses jeunes élèves quand ils travaillent avec une application bien faite qui les guide avec efficacité. Sans l’aide de l’adulte, ils consolident une compétence abordée plus tôt, dans un autre moment de classe, et vivent de petites réussites. C’est tellement important pour instaurer ou restaurer son estime de soi, prendre confiance et construire son autonomie.

Toujours en recherche, Véronique rêve désormais de relier son iPad de classe à un TBI. Et d’ajouter à ses ateliers Kapla, abaque et pâte à modeler de nouveaux ateliers iPad. Pas étonnant qu’elle dorme si peu…

 

Pour aller plus loin :

La présentation de Véronique lors de la journée académique du 30 mai 2012 :

Croiser Véronique sur Twitter.

 

 

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8 Responses to Un café avec Véronique Favre, qui expérimente l’iPad en Petite Section

  1. vairaunik 12/06/2012 at 05:13 #

    Beaucoup d’honneur, de plaisir à te rencontrer … Là, touchée par ces mots : un grand merci à toi de montrer le travail de ma classe, avec mes petits …

  2. Florence 09/08/2012 at 14:00 #

    Super travail…avec un temps d’avance mais tellement actuel!
    Mille pensées ,
    Florence

    • DéclicKids 09/08/2012 at 15:03 #

      Merci pour elle :)

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