Kartable : fiches de cours de la 6e à la Terminale (iPad, iPhone, Android, web)



#Bref

Kartable - Kartable


On laisse Kartable exposer sa « mission » ?
Petit extrait choisi ?

#Chronique

C’est quoi ?

Kartable est une application rassemblant des fiches et exercices non interactifs, de la 6e à la Terminale. Encapsule le site éponyme.

Tous les détails

Kartable, c’est quoi ?
Kartable est une application encapsulant un site de fiches de cours. Il propose, pour le collège et le lycée général (6e, 5e, 4e, 3e, 2nde, 1re, Tle), des résumés de cours dans (pas toutes) la plupart des matières enseignées. Pour chaque matière le site propose :

  • des résumés de cours appelés « chapitres »
  • des « exercices » systématiquement non interactifs (même quand leur structure s’y prête), accompagnés de la solution sur la même page, sans explication ni compléments
  • des éléments de « méthodologie »
  • des « ressources » : par exemple des fiches de lecture en français, ou des biographies en histoire

Histoire d’un buzz
Kartable ne s’est pas toujours appelé ainsi. Avant Kartable, il y avait Knayer, un site réalisé à partir des « petits cours » donnés par Julien Cohen-Solal. Interrogé fin 2011, il expliquait déjà sa stratégie, restée exactement la même : étendre le contenu à l’ensemble des matières et trouver les financements nécessaires auprès des collectivités territoriales et des investissements publics et privés. Avec Sarah Besnaïnou, également diplômée HEC, il lance donc Kartable à la rentrée 2013.

La première interview de Kartable est réalisée par Ludovia le 15 octobre 2013. On y apprend notamment que les fondateurs ont « pris le parti de concevoir l’intégralité des contenus » afin « d’obtenir des ressources d’excellente qualité, et respectant une ligne pédagogique cohérente et globale » et que, pour ce faire, ils ont « fédéré une cinquantaine d’intervenants qui ont participé pendant près de deux ans aux différentes étapes de notre processus éditorial ».
Fin octobre 2013, Kartable est sélectionnée pour faire partie des 12 finalistes du concours Just Start me Up organisé par le Figaro Étudiant, ainsi que des 101 projets, un concours lancé à l’initiative de Marc Simoncini (Meetic), Xavier Niel (Free) et Jacques-Antoine Granjon (vente-privee.com).
En novembre 2013, Kartable participe au salon de l’éducation et leur déco fait de l’effet au Parisien. Ils passent sur Télématin.
En décembre 2013, Kartable arrive 10e des lauréats du concours 101 projets. Les fondateurs se confient alors à FraisFrais et affichent leur ambition : « Dans les six prochains mois, Kartable a pour ambition de devenir la plateforme de savoir scolaire de référence pour les collégiens et les lycéens. Dans les six prochaines années, Kartable compte faire évoluer la pédagogie et l’enseignement en France, en concrétisant le passage à l’éducation numérique ». Sic, et rien que ça !

Les choses s’accélèrent début 2014. Suite à un communiqué de presse publié fin janvier, Softonic, Presse-Citron, Stratégies.fr, Comment ça marche, Daily Geek Show, Korben et CnetFrance consacrent un article à la start-up. Tous reprennent à peu de choses près le communiqué de presse sans aucune critique, ce qui est classique dans ces cas là.
D’autres articles suivent, sur L’Entreprise-Express notamment, qui reprend sans distance ni critique le slogan de la jeune start-up : « un support scolaire complet et conforme au programme officiel » et se permet d’affirmer « Alors qu’en 2014 tous les collègiens et lycéens de France surfent sur Internet, aucun site proposant des exercices et des fiches en lien avec le programme n’existait vraiment. » Enfin, un portrait des deux fondateurs est publié dans Le Figaro fin février.
C’est ensuite le silence sur les ondes. La campagne de presse est terminée pour l’année scolaire 2013-2014, et plus rien n’est publié, ou presque, preuve s’il en faut du mode de fonctionnement actuel des médias, qui ne parlent qu’en fonction de l’actualité brûlante, des saisons (maronniers) ou en réaction à des communiqués de presse…

Buzz et contre-buzz
La fin de l’année et la rentrée 2014 passent. Le 28 octobre 2014, c’est à FrenchWeb que les deux entrepreneurs révèlent, en exclusivité disent-ils, leur nouveau grand succès : la levée d’1,2 million d’euros auprès de Bpifrance, du fonds Partech Ventures et de différents business angels.
L’article, qui rappelle les « succès » de Digischool en France, revient sur l’histoire de Kartable et précise la raison de la levée de fonds : recruter « 8 développeurs » pour développer ce qui est aujourd’hui la tarte à la crème et la grande promesse de ces plateformes: « la personnalisation des parcours d’apprentissage ». En ce qui concerne la monétisation, « le modèle économique reste à définir précisément » : ils réfléchissent à « une version freemium avec des services complémentaires payants », sont « en contact avec Samsung pour monétiser l’audience » ; prévoient de poursuivre « leurs discussions avec les représentants académiques de l’Éducation nationale » et de « se financer en démarchant des chefs d’établissements scolaires ».

Cette levée de fonds, qui fait écho à celle de Digischool également révélée par FrenchWeb, m’inspire dès 8 heures du matin ce tweet atterré. Pourquoi ? Parce que, si le concept d’un site de « fiches de cours » n’est pas un scandale en soi, le fait de voir des initiatives de ce genre largement financées, alors que tant de petits projets restent dans l’ombre (d’une part) et alors que des contenus de meilleure qualité existent sans être connus, reconnus, évalués, validés, relayés (d’autre part) est vraiment décourageant. Également parce qu’il est désespérant, à vrai dire, de voir la presse, quasi comme un seul homme (voir l’exemple de Phosphore, qui intègre carrément le contenu dans ses lignes !), relayer et diffuser les communiqués de presse sans (quasiment) jamais s’intéresser vraiment à la réalité qui se trouve derrière, prenant tout pour argent comptant. Parce que c’est encore plus douloureux quand la presse est elle-même prise comme une source fiable sur ces questions, et qu’on voit fleurir sur Facebook, Scoopit, Twitter, les sites Canopé et les sites d’établissements scolaires des relais « d’information » presque jamais argumentés.

Bref, cette fois n’est pas coutume : quelques heures plus tard, Mila Saint Anne publie un article énervé dénonçant à la fois le contenu du site et surtout l’ambition de l’équipe (« faire classe en ligne »). Ce ne sont pas les premiers commentaires négatifs sur le site (il suffit de regarder la plupart des articles de presse de l’année précédente), mais formulés de manière pêchue, en cette période de « vacances » alors que la plupart des enseignants planchent sur leurs copies et leurs cours, ils font mouche.

L’indignation tourne sur Twitter, est reprise par Néoprofs. On verra quelle suite l’entreprise donnera à ces critiques…

Les options disponibles

> Il est possible de s’inscrire (c’est obligatoire avec l’appli, optionnel sur le site) et de personnaliser très légèrement son accès.

On aime :

> L’idée. Elle n’est ni neuve ni révolutionnaire. Offrir aux élèves des contenus, c’est ce que font déjà de nombreux éditeurs scolaires, de nombreux enseignants. Les contenus sont, année après année, tour à tour excellents ou médiocres, libres ou propriétaires, gratuits ou payants.

On aime moins :

> Il y a beaucoup trop d’erreurs pour un site destiné à des élèves en cours de formation. On peut parler d’imposture éditoriale, mais ce n’est pas un cas isolé, le « numérique éducatif » est coutumier du fait, avec d’autres exemples (nombreux) sur Déclickids. Ici, la distance entre le discours et la réalité est particulièrement criante : le contenu, soumis au droit d’auteur classique, a été, selon les fondateurs, créé par « deux diplômés d’HEC majors aux épreuves de mathématiques : Sarah Besnaïnou, passionnée d’éducation, et Julien Cohen-Solal, féru d’internet » avec « une équipe d’une cinquantaine de personnes qui sont intervenues aux différentes étapes du processus éditorial : des spécialistes de chaque discipline responsables de la conception des contenus aux graphistes chargés de réaliser les illustrations. » (source). Ainsi, interrogés en octobre 2013 (au lancement du site) par Ludovia, les fondateurs expliquent que : « Pour réaliser une plateforme fiable et homogène, nous avons pris le parti de concevoir l’intégralité des contenus. C’est ce qui a permis d’obtenir des ressources d’excellente qualité, et respectant une ligne pédagogique cohérente et globale. Pour ce faire, nous avons fédéré une cinquantaine d’intervenants qui ont participé pendant près de deux ans aux différentes étapes de notre processus éditorial. »
Or les très nombreuses lacunes et erreurs relevées montrent que la qualité du site n’est pas du tout à la hauteur des attentes, et ce même si les élèves eux-mêmes se disent satisfaits (mais ils le sont malheureusement trop souvent tant qu’ils ne sont pas capables de distance critique).
> Les exercices ne sont pas interactifs (mais où est la puissance du numérique ?)
> Il manque un ours (mais les auteurs du site ne sont certainement pas les « spécialistes » vantés par le discours marketing du site, d’où l’omission).
> C’est encore incomplet (il manque des matières)
> C’est très peu attrayant : ergonomie moyenne, peu d’illustrations ou de schémas… bref la « fiche de cours » dans sa version la plus basique, sans se mettre à la portée des élèves en difficulté.
> Le compte Twitter de Kartable se contente de retweeter des élèves, et ça pique les yeux.
> Et la mission

L’avis de Déclickids :

Encore une « entreprise de l’éducation numérique » qui surfe sur les millions d’investissements d’avenir pour tenter de raffler sa part de gâteau. Ce qui est désolant ici, ce n’est pas tellement de vouloir faire une « encyclopédie scolaire » mais tout l’implicite qui se cache derrière. Les élèves ne manquent pas de contenus. Ils ont le cours de leurs enseignants et leurs manuels, pour commencer et c’est souvent largement suffisant. En cas de doute, il y a de très nombreuses ressources déjà disponibles, qu’il faut apprendre à utiliser, notamment en apprenant à chercher, en posant des questions aux enseignants, ou bien en bibliothèque comme sur Internet. Si c’est vraiment nécessaire, des éditeurs sérieux et dont c’est le métier proposent depuis des décennies une offre parascolaire. Ce site est austère et ne fait preuve d’aucune pédagogie. Il n’offre pas la moindre parcelle d’ingénierie pédagogique et ne profite absolument pas des outils numériques pour s’adresser aux élèves.
Malheureusement, ce n’est pas un cas isolé, et on en a déjà épinglé ici un bon paquet, de ces « éditeurs » qui ne connaissent rien au métier d’éditeur, et encore moins à celui d’enseignant, et qui ne s’entourent pas des bonnes personnes pour mener à bien leurs projets.

L’avis d’Ulysse :

J’ai testé les cours de 5e. Ce n’est pas mieux que mes manuels. C’est même moins bien, puisque les cours de mon manuel sont illustrés et en couleurs. Ce n’est pas mieux que mes cours. C’est même moins bien, puisque les fiches de mes cours sont bien adaptées au programme et à ce qu’on fait en classe. Et surtout les exercices sont vraiment nuls, les pires de ce que j’ai vu en numérique !!
Bref, je préfère, et de loin, les sites des enseignants (souvent gratuits, parfois même libres), ou bien ceux des éditeurs qui travaillent avec des enseignants (souvent gratuits, parfois libres aussi).

Pour finir, quelques copies d’écran Kartable iPhoneKartable iPhoneKartable iPhoneKartable iPhoneKartable iPhone Kartable iPadKartable iPadKartable iPadKartable iPadKartable iPad:

Kartable

Kartable - KartableKartable est une application rassemblant des fiches et exercices non interactifs, de la 6e à la Terminale. Encapsule le site éponyme.

Coup de cœur : non recommandé

Éditeur : Kartable
Format chroniqué : iPad + iPhone. Autres formats : Android.
Âge : 11 ans + Classe(s) : 6e, 5e, 4e, 3e, 2nde, 1re, Tle
Catégorie(s) : pour apprendre comme à l’école
Mots clés : applications de révision, langue française, langue anglaise, langue espagnole, langue allemande, histoire, géographie, physique-chimie, sciences de la vie et de la Terre, physique, chimie, biologie, géologie
Langue(s) d’origine : français. Également disponible en : c’est tout.
Prix normal : gratuit
Achats in-app : non.
Liens publicitaires : Liens non protégés.
Voir sur l’AppStore (iPad + iPhone)ou pour Android.

Article écrit le 28/10/2014. Dernière mise à jour : 29/10/2014.

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  1. Mordioux les gougnafiers ! | C'est au pied du mur… - 27/04/2015

    […] un peu les tenants et les aboutissant de cette histoire, je vous conseille vivement de lire le seul article réellement journalistique***** qui a été écrit au sujet de Kartable, sur le site de […]

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